Agronomie 2015 — 2019

Appui à la con­ser­va­tion du sol et appui au reboisement

Approche de base

Le sol est la base de la pro­duc­tion agri­cole. Cepen­dant, nour­rir la famille et les ani­maux, n’est pos­si­ble que si la terre, base de pro­duc­tion, peut pro­duire les ali­ments et four­rages néces­saires. Pour garan­tir cela, la terre agri­cole doit être pro­tégée et sa fer­til­ité gérée de façon adéquate (“Il faut nour­rir la terre de façon qu’elle puisse nous nour­rir”). Dans un pays qui a perdu 97% de sa végé­ta­tion, la con­ser­va­tion du sol et sa récupéra­tion pour la pro­duc­tion agri­cole a donc une impor­tance cap­i­tale.
Il importe d’intégrer l’importance de la con­ser­va­tion du sol et d’une agri­cul­ture durable dans l’éducation des enfants dès l’école pri­maire. Dans les pro­jets de type « Reboise­ment par l’éducation ». Dans ce con­texte OTM Haïti et ses parte­naires com­bi­nent l’éducation et la con­ser­va­tion du sol en milieu rural. Ainsi, OTM Haïti finance une par­tie de l’écolage des enfants, qui, ensem­ble avec leurs par­ents, s’engagent à faire des travaux de con­ser­va­tion du sol tels que le creuse­ment de canaux de con­tour, mise en place de ram­pes vivantes, plan­ta­tions d’arbres. Dans le même ordre d’idées, OTM Haïti sou­tien la mise en place de jardins sco­laires pour appro­vi­sion­ner les can­tines scolaires.

Le reboise­ment des bassins ver­sants et la con­ser­va­tion du sol est égale­ment d’une impor­tance cap­i­tale dans le domaine de la pro­tec­tion des sources et de l’approvisionnement durable de la pop­u­la­tion en eau potable.

Par une approche par­tic­i­pa­tive on vise prin­ci­pale­ment à résoudre les prob­lèmes immé­di­ats des populations(sécurité ali­men­taire, amélio­ra­tion des revenus, val­ori­sa­tion du tra­vail) à tra­vers une meilleure ges­tion de leur espace en util­isant des tech­niques adap­tées au con­texte Haï­tien tout ensauve­g­ar­dant l’environnement et le cap­i­tal foncier. La con­ser­va­tion des sols et de l’eau n’est plus un but en soi mais devient un des moyens d’établir des sys­tèmes de productionstables.

Cette approche, encore appelée la ges­tion con­ser­va­toire des eaux, de la bio­masse et de la fer­til­ité des sols (GCES), se pro­pose d’améliorer l’infiltration au champ afin d’augmenter lapro­duc­tion de bio­masse (donc les ren­de­ments) en cou­vrant mieux le sol et de rétablir l’équilibre des bilans des matières organiques et minérales du sol. Par con­séquent, elle chercheà réduire les effets de l’érosion et des trans­ports solides en mod­i­fi­ant les sys­tèmes de pro­duc­tion tout en respon­s­abil­isant les paysans face à leur environnement.

Elle s’appuie sur les principes suivants:

- Per­me­t­tre dès la con­cep­tion du pro­jet une par­tic­i­pa­tion paysanne. C’est un élé­ment déter­mi­nant de l’orientation des actions de pro­tec­tion et une con­di­tion sinequa non pour assurer le suc­cès du pro­jet, les paysans étant les seuls capa­bles d’assurer l’entretien des amé­nage­ments à l’échelle de la par­celle et/ou du versant.

- Ren­forcer les méth­odes tra­di­tion­nelles de con­ser­va­tion de l’eau et des sols. Les paysans Haï­tiens ont d’ailleurs eux-mêmes adopté des straté­gies tra­di­tion­nelles delutte antiéro­sive et d’amélioration de la fer­til­ité des sols leurs per­me­t­tant de survivre.

- Choisir en pri­or­ité des zones qui ont con­servé un max­i­mum de poten­tial­ités en matière de pro­duc­tion agricole.

- Inter­venir au niveau de la par­celle et du ver­sant, puis, à chaque fois que cela s’avère pos­si­ble, à l’échelle du bassin ver­sant. L’aménagement est donc pensé àl’échelle de la par­celle, puis de l’exploitation et enfin du ter­roir. La con­cep­tion d’une opéra­tion d’aménagement “à la par­celle” n’est pas une alter­na­tive à une opérationd’aménagement au niveau d’un bassin ver­sant. Ces niveaux ne relèvent pas de la même stratégie d’intervention (logique de développe­ment rural et logiqued’équipement). Elles doivent au con­traire être complémentaires.

- Accom­pa­g­ner dans la mesure du pos­si­ble les actions de con­ser­va­tion des sols par des actions con­ver­gentes per­me­t­tant l’amélioration des sys­tèmes de pro­duc­tion (inten­si­fi­ca­tion etdi­ver­si­fi­ca­tion des sys­tèmes de cul­tures, amélio­ra­tion des sys­tèmes d’élevage, créa­tion d’opérations d’épargne et de crédit). Comme les

- Met­tre en place un mode de rela­tions con­tractuelles per­me­t­tant de définir avec pré­ci­sion les con­di­tions de l’intervention et les rela­tions projet-paysans. Il faut enef­fet bien définir les actions qui relèvent de la respon­s­abil­ité stricte de chaque paysan (amé­nage­ment à la par­celle), celles à la charge des com­mu­nautés rurales (routes,pistes rurales, citernes com­mu­nau­taires, cor­rec­tion de ravines), et enfin les engage­ments du projet.

- Per­me­t­tre une action de pro­gram­ma­tion, de suivi et d’évaluation (mesure des effets).

Ce type d’opération néces­site beau­coup de temps (8 à 10 ans) pour mod­i­fier sen­si­ble­ment les sys­tèmes de pro­duc­tion et infléchir les pra­tiques tout en respon­s­abil­isan­tles paysans face à la ges­tion de leur environnement.

Trois phases sont nécessaires :

- 1ère phase: réal­i­sa­tion d’un diag­nos­tic du milieu de façon à con­naître les poten­tial­ités et con­traintes du milieu physique, les proces­sus de dégra­da­tion des sols (où,quand et com­ment se manifestent-ils) mais aussi les straté­gies paysannes en matière de fonc­tion­nement des exploita­tions et des tech­niques de ges­tion de l’eau et de lafer­til­ité. Ce diag­nos­tic per­met le dia­logue avec les com­mu­nautés et la mise en confiance.

- 2ème phase: expéri­men­ta­tions en milieu réel pour établir un référen­tiel tech­nique (com­para­i­son des tech­niques tra­di­tion­nelles avec les tech­niques pro­posées). En effet, chaque région d’intervention a ses spé­ci­ficités tant écologiques que sociales qui doivent être pris en compte. Tout en apprenant de réal­i­sa­tions faites ailleurs par le partage d’expériences, il faut faire son appren­tis­sage propre.

- 3ème phase: éval­u­a­tion des résul­tats par les com­mu­nautés et les tech­ni­ciens, puis plan­i­fi­ca­tion des amé­nage­ments à l’échelle du ver­sant et du bassin versant.

 Le bois étant une source impor­tante d’énergie dans le quo­ti­dien Haï­tien, il importe que celui-ci soit exploité de manière durable. Lors des pro­jets de con­ser­va­tion du sol et de reboise­ment il importe donc de planter égale­ment des espèces à crois­sance rapide qui dans le cadre d’un éclair­cisse­ment des par­celles puis­sent servir à fournir du bois de chauffe.

De même, comme le bois est égale­ment util­isé comme bois d’œuvre et comme matières pre­mière pour les menuis­eries, il con­vient de planter égale­ment des espèces adap­tées à ces usages.